Chapitre 3
Retour au présent
Assise sur son matelas de fortune, la jeune femme était pensive. Elle était dans la cale d’un navire. Prisonnière. Captive d’une coque de bois, ou peut être de fer, qu’en savait-elle ? Sa seule certitude était qu’elle se trouvait bel et bien enfermée sur ce bateau, en route pour une destination inconnue. Un bateau ! Pourquoi a-t-il fallu que je sois prisonnière sur un bateau. Et en plus il n’est même pas à quai. Quelle chance y-a-t-il pour que quelqu’un me trouve ici ? Plus elle y pensait, plus elle désespérait. Elle avait réussi à garder son calme après cette terrible découverte, mais un sentiment d’inquiétude, d’angoisse restait accrochait en elle, comme une flie à son rocher. Toujours le même ventre noué. Toujours le même vide dans son esprit. Toujours les mêmes idées noires, même si à présent le scénario de la noyade y était apparu. Chaque heure passant, ses chances de survit s’amenuisaient un peu plus. Bientôt… elles disparaîtraient… définitivement et elle le savait.
Grâce aux quelques rayons de lumières qui s’infiltraient maintenant à travers le trou laissé par la planche en bois, elle avait pu constater la présence d’une grande porte en fer. Sa première idée avait bien sur été de l’ouvrir, mais cela c’était révélé impossible ; verrouillée de l’extérieur, elle ne possédait aucune poignée intérieure. Cette pièce était une vrai prison. Même si la jeune femme arrachait toutes les lattes recouvrant le hublot, celui-ci resterait trop petit pour qu’elle puisse s’y faufiler. De tout manière m’y faufiler pour aller où ? Il faudrait déjà que le bateau accoste pour que j’ai la moindre chance de m’échapper sans me noyer. Pour le moment son seul espoir était que quelqu’un vienne la secourir.
Soudain, elle prit conscience d’un fait qu’elle avait complètement occulté : le bateau naviguait et il ne pouvait pas le faire seul. Alors qui était à bord ? Savaient-il seulement qu’elle était là ? Etait-ce eux qui l’avait enfermée ici ? Elle n’en savait rien. Elle essayait de se souvenir tant bien que mal comment elle avait atterri ici. Mais rien. Son esprit était embrumé, dans le noir. Ses souvenirs ne semblaient remonter qu’à son réveil dans cette pièce froide et lugubre. Elle plaqua ses mains contre ses tempes et ferma les yeux. Elle se concentra, occulta les derniers évènements, rassembla toutes ses forces, chercha au plus profond de sa conscience…toujours rien. Le noir, la nuit, les ténèbres, le néant. Aucun mot ne semblait assez puissant pour représenter le vide de son esprit.
Elle poussa un cri de rage et se leva brusquement. Il n’y avait plus de temps à perdre :si quelqu’un était sur ce bateau, alors elle devait lui faire savoir qu’elle aussi était là. Elle se dirigea rapidement vers la porte, et commença à tambouriner violemment dessus. « Oh-eh Y-a quelqu’un ? Sortez moi de là ! » cria-t-elle « Je sais que vous êtes là, alors si vous m’entendez, venez m’ouvrir ! ». Elle cognait de toutes ses forces contre le rempart de fer qui se dressait devant elle. Elle y donnait des coups de pieds, criait à tu tête. Rien n’y faisait. Plusieurs minutes s’écoulèrent sans que personne ne vienne. Découragée, la jeune femme s’arrêta, ses deux mains toujours plaquées sur l’objet de sa colère. Elle soupira, posa son front contre le métal glacé de la porte et ferma les yeux. Une boule se forma dans sa gorge. Depuis son réveil dans cette prison, elle n’avait encore jamais eu autant l’impression d’avoir touché le fond. Elle sentait les larmes lui montaient aux yeux, mais elle ne voulait pas pleurer. Elle ne voulait pas s’avouer vaincu. Si elle craquait maintenant, s’en était définitivement fini. Mais qu’est ce que je vais faire ? Pourquoi personne ne vient ? Ils ne vont pas me dire qu’ils n’ont rien entendu ? … Bon sang. Elle frappa rageusement la porte et le regretta aussitôt lorsqu’elle sentit une vive douleur se propager jusqu’à son coude. Ses pauvres mains souffraient le martyre. Sa chair, déjà meurtrie par les planches de bois, subissait à présent la dureté du fer. Une larme roula le long de sa joue. Une larme d’inquiétude, de peur, d’angoisse, ou une larme de douleur, de souffrance…elle l’ignorait.
Désespérée, perdue, épuisée, la jeune femme se retourna et se laissa glisser le long de la porte. Les jambes recroquevillées contre elle, elle croisa ses bras sur ses genoux et y posa sa tête. Elle n’en pouvait plus. Combien de temps encore son calvaire allait-il durer ? Les premiers rayons de soleil commençaient déjà à percer. Bientôt une nouvelle journée débuterait. Ma première journée de captivité. Ca se fête…Pourquoi suis-je là ? Qu’ai-je fait pour mériter ça ? Comment suis-je…
Tout à coup le bateau se mit à trembler. Un grand bruit retentit. La jeune femme redressa vivement la tête, soudain attentive aux moindres sons ou mouvements inhabituels. Un sourd vrombissement faisait vibre la cale du navire. Curieuse, la prisonnière se propulsa sur ses pieds et se dirigea vers le hublot. Elle vit avec stupeur que le quai n’était plus qu’à quelques mètres. Le bateau allait accoster. Petit à petit, il ralentissait et elle regardait avec délectation la terre ferme se rapprocher. Sa boule d’angoisse se transforma en une chaleur intense qui l’envahi. Ses yeux brillaient d’espoir. A présent, elle avait une nouvelle chance. Si elle parvenait à casser la vitre, elle arriverait peut être à attirer l’attention d’un passant.
Le moteur s’arrêta. Le bateau s’immobilisa. La jeune femme pouvait apercevoir à travers la vitre le mur de pierre du quai. Evidemment, je suis dans la cale, je suis trop bas pour voir correctement la rue. Il faudra s’en contenter. Pour que mon plan soit efficace, il faut d’abord que je brise le hublot. Mais avec quoi ? Elle parcouru des yeux la pièce. Il lui fallait quelque chose d’assez dur et résistant. Son regard se posa sur la planche de bois. Je peux toujours essayer ça.
Alors qu’elle se saisissait de la latte, des bruits de pas résonnèrent. Elle se tourna vivement vers la porte, et tendit l’oreille. Aucun doute : ils se rapprochaient. Prise de panique, elle chercha autour d’elle n’importe quel recoin pour se cacher. Ses mains étaient moites. Son cœur battait de plus en plus vite. Puis réalisant qu’elle tenait une potentielle arme de défense, elle couru se positionner à côté de la porte. Elle se colla contre le mur et leva la planche prête à frapper si nécessaire.
A peine quelques secondes s’étaient écoulées, que le bruit distinctif d’un verrou qui saute se fit entendre. La porte s’ouvrit.
Caché derrière celle-ci, la jeune femme fixait l’ombre qui s’était dessinée sur le sol. Elle était grande et robuste, laissant deviner la présence d’un homme dans l’encadrement de fer. Allez… qui que tu sois, avance un peu que je puisse te voir. La jeune femme tentait tant bien que mal de calmer sa respiration chaotique. Ses mains tremblaient. Elle resserra la pression autour de la planche pour se donner de l’assurance.
Son souhait s’exauça. L’homme fit quelques pas et apparu devant elle, le dos tourné. Tenant fermement son arme, elle l’abattit contre lui… Rien. Il n’y eu aucun impact. Elle avait manqué sa cible. Sans qu’elle ne sache comment, l’homme avait réussi à esquiver le coup et se trouvait maintenant face à elle. Son regard accroché au sien, il souriait.
- Alexandra, ma chérie… tu me déçois beaucoup. Vouloir me frapper, moi, le seul homme qui ne t’ai jamais aidé ? C’est vraiment dommage que tu ne rendes pas compte de la chance que tu as de me connaître.
Tout en parlant, l’homme s’approchait dangereusement de la jeune femme.
- Tu sais, j’aurais très bien pu choisir quelqu’un d’autre à l’époque. Mais non, c’était toi que je voulais, toi et toi seul. Tu devrais m’en remercier.
La peur s’infiltrait en elle. De quoi parlait-il ? Comment la connaissait-il ? Des millions de questions se bousculaient dans sa tête. L’incompréhension la consumait peu à peu. Malgré ses efforts, tout dans son esprit était confus. Les yeux écarquillés, elle fixait intensément l’individu.
- Eh bien, tu es devenue muette. Tu étais loin de l’être hier quand tu es arrivée. J’ai même été obligé de te bâillonner quelques temps. Ce petit séjour dans la cale t’aurait-il appris à tenir ta langue ?
N’obtenant toujours aucune réponse, l’homme tendit sa main vers la joue de la jeune femme et l’effleura du bout des doigts. Sortie de sa torpeur, elle gifla violemment son bras se dégageant immédiatement de sa caresse.
- Tu n’as tout de même pas perdu toute ta fougue à ce que je vois.
Son sourire s’agrandit contrastant avec le trouble de son regard. Il en émanait une noirceur, une perfidie qu’elle n’avait encore jamais vu chez aucun homme. Ses yeux verts, presque jaunes, se détachaient parfaitement de son visage assombri par une légère barbe.
Il se recula d’un pas.
- Sors de là. Il est l’heure d’aller faire un tour, aboya-t-il tout en lui indiquant la sortie d’un léger mouvement de tête.
Alexandra ne se fit pas prier. En quelques pas à peine, elle se retrouva hors de sa prison. Elle entendit derrière elle, la voix de l’homme s’élever :
- A droite. Et n’essaie pas de t’enfuir cela ne te mènerait à rien si ce n’est prolonger ton séjour sur ce bateau.
Docilement, elle longea le couloir et monta les escaliers qui menaient au pont supérieur. Le jour s’était levé. Le soleil brillait. Submergée, aveuglée par tant de lumière, Alexandra porta sa main devant ses yeux pour les protéger. Surprise par la nouvelle clarté, elle s’était arrêtée en haut des marches. L’homme arriva derrière et la poussa brusquement. Le buste penché vers l’avant, elle chercha une prise pour se rattraper. Ses doigts effleurèrent une rambarde, sans réussir à la saisir. Elle partie en avant et s’étala de tout son long. Aussitôt des rires éclatèrent autour d’elle. Elle releva légèrement la tête et aperçu deux nouveaux individus. Ils se tenaient à quelques pas devant elle, les bras croisés. Elle leur jeta un regard noir et plaqua rageusement ses paumes contre le sol pour se relever. Machinalement, elle frotta son pantalon pour en enlever la poussière. Toujours sans dire un mot, elle reprit sa marche la tête haute. Soudain son bras fut saisi par une poigne de fer. Elle se retourna vers son agresseur et tenta de s’extirper de son emprise. En vain. Plus elle se débattait, plus il resserrait la pression. Il la maintenait tellement fort qu’elle était persuadée que son sang n’atteignait plus le bout de ses doigts.
- Alors ? On ne tient plus sur ses jambes ?
De nouveau les trois hommes s’esclaffèrent. Alexandra ne pipa mot. Ses yeux brillaient de rage. Pourquoi ne me laissent-ils pas tranquille ? Qu’est ce qu’’ils veulent ? Qu’est ce qu’ils attendent de moi ? Une première réponse ne tarda pas à venir.
- J’espère que tu n’as pas oublié notre marché d’hier soir. Vergen l’attend avec impatience, alors ne n’essaie pas de nous doubler.
Ses yeux, rivés sur sa prisonnière, transmettaient à eux seuls la menace sous jacente à son propos. Après quelques secondes de silence, il lâcha son bras.
- Tu peux partir, déclara-t-il en lui indiquant la passerelle qui descendait sur le quai. Mais n’oublie pas notre accord.
Il approcha son visage à quelques centimètres de celui d’Alexandra et lui lança d’un air menaçant :
- Ou je me ferais un plaisir de te retrouver moi-même.
Alexandra le fixait de ses grands yeux verts. Elle ne comprenait rien à ce qu’il se passait. Elle se sentait comme une intruse dans un univers qui n’était pas le sien. Elle était perdue, submergée par des paroles dont elles ne saisissaient pas le sens, envahie de questions et de doutes.
- Tu veux qu’on t’accompagne jusque sur le quai peut être ?
Sa voix résonna dans sa tête. Elle réalisa alors l’opportunité qui lui était offerte. Il la laissait partir. Elle ignorait pourquoi. Pourquoi après l’avoir enfermée durant toute la nuit dans la cale du bateau, il décidait tout à coup qu’il était temps qu’elle s’en aille. Et quel était cet accord dont il parlait ? D’autant qu’elle s’en souvienne, elle ne connaissait aucun Vergen.
Mais le temps de trouver des réponses n’était pas encore venu. Cette chance ne se représenterait peut être pas de si tôt, elle devait s’en emparer au plus vite. Elle recula en direction de la passerelle sans quitter des yeux les trois hommes. Arrivée à destination, elle fit demi-tour et la dévala à toute vitesse. Sans se soucier du chemin qu’elle prenait, elle couru à perdre haleine. Elle traversa la route et s’engouffra dans une rue de la ville, disparaissant à l’ombre des maisons.
Assis dans son grand fauteuil en cuire, installé dans la cabine supérieur de son bateau, Vergen observait l’écran de contrôle. Il avait fait installé un peu partout dans son repère des caméras de surveillance - au cas où un intrus tenterait de monter à bord – dont une sur le pont. Grâce à cela, il avait pu épier les moindres faits et geste de sa prisonnière. Elle venait tout juste de quitter le navire, après avoir écouté religieusement les dernières recommandations de ses hommes. Bientôt, tout sera fini. Dés qu’Alexandra m’aura apporté les derniers éléments nécessaires à mon plan, je pourrai faire route vers les Caraïbes. La CIA et les services secrets français pourront toujours continuer à me poursuivre, ils ne me retrouveront jamais. Ils ont choisi le mauvais agent pour cette mission. En même temps, on ne peut leur en tenir rigueur, ils ignoraient tout des liens étroits qui s’étaient établis entre nous il y a de cela quelques années. Des liens de sang et de cœur oserai-je dire. Elle-même n’en avait pas connaissance. Alors… quelle chance, eux, avaient-ils ? Perdu dans ses obscures pensées, Vergen se retourna brusquement lorsqu’il entendit la porte s’ouvrir.
- Mr Vergen ? La jeune femme vient de quitter le bateau. Que devons-nous faire ? demanda l’homme qui venait d’entrer.
Le trafiquant d’arme prit un instant de réflexion.
- Suivez-la. Je veux être sur qu’elle ne retourne pas voir Paul Evan avant de m’avoir rapporté ce que j’ai demandé.
L’homme s’apprêtait à partir lorsque Vergen ajouta :
- Soyez discret. Je préfèrerai qu’elle ne vous repère pas dés le début…puisque de toute manière il finira bien par vous voir.
Il se leva et se posta face à son interlocuteur. Le regard pénétrant comme pour appuyer ses paroles, il continua :
- Je la connais elle est douée, très douée.
A suivre....
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